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Prendre le pouls de la diversité dans les médias Prendre le pouls de la diversité dans les médias

Interview d'Aidan White, Secrétaire Général de la FIJ

Pourquoi la FIJ (Fédération Internationale des Journalistes) a-t-elle pris part dans cette étude sur les médias et la diversité ?

La FIJ participe à cette étude parce qu’elle va aider les médias à mieux comprendre ce qui se passe en Europe. Les critiques à l'encontre des médias sont nombreuses ces temps-ci, mais je pense que beaucoup de choses ont changé ces dernières années et il est intéressant d'obtenir une évaluation juste de la situation actuelle : cette étude se révèle absolument nécessaire afin de dresser un tableau pertinent de la situation des médias.

Les journalistes et les directeurs de médias sont des gens très occupés. Pourquoi passeraient-ils un temps précieux à compléter une étude ?

Je sais qu’ils sont extrêmement occupés, et cela risque donc d’être très difficile.Moi-même lorsque je reçois une enquête dans ma boîte mail ou sur mon bureau, je trouve difficilement le temps d’y répondre. Pourtant, répondre à cette étude est primordial, parce qu’elle constitue une occasion à ne pas manquer pour commencer à présenter le travail des médias autour de la promotion de la diversité et de la lutte contre les discriminations. Je sais que dans le domaine du journalisme, certains ont pris des initiatives significatives. C’est important que tous les médias ayant une expérience à faire partager prennent un peu de temps pour répondre à cette étude : ils compteront sur le fait que ce qu'ils mettent en place -leurs bonnes pratiques- sera rendu public et les résultats seront publiés. C’est de la bonne publicité, cela peut contribuer à leur image. C’est une démarche positive pour tous les médias participant ; donc, j’espère vraiment que les gens y accorderont le temps nécessaire.

Quel genre d’initiatives espérez-vous mettre en lumière grâce à cette étude ?

Nous espérons recevoir des initiatives qui démontrent que les médias sont en contact avec leurs communatés auxquelle ils s’adressent, qu’ils vont à la rencontre de ces communautés, qu’ils développent de nouvelles sources d’information. Ils le feront peut-être pour améliorer leur tirage, ou élargir leur cible, ou pour gagner des prix. En cherchant à cibler la population locale, ils pourront initier des actions avec les écoles avec le soutien des églises, ou avec toutes sortes de groupes différents représentant des communautés culturelles diverses, etc. Tous ces efforts démontrent que les médias se rapprochent de la population. J'espère également découvrir combien de médias sortent des sentiers battus pour employer des journalistes issus de minorités, ce qui est fondamental. En effet, nombreux sont les changements intervenus ces dernières années au sein des médias depuis que les rédacteurs en chef recrutent des journalistes issus des minorités. C'est formidable et plus on sera à même de révéler l'évidence de ce changement démographique au sein des médias et du journalisme, plus cette évolution au sein de la profession va s'accentuer. Donc, deux points sont à retenir : la proximité des médias avec leurs communautés et le fait qu’ils emploient des compétences et des talents venant des minorités, pour faire précisément le travail des journalistes.

Quel genre d’initiatives est susceptible de faire la différence pour les journalistes et les éditeurs ?

Je pense qu'il s'agit des initiatives qui auront pour résultat de meilleurs sujets. Les journalistes et les éditeurs vont toujours être plus impressionnés par les initiatives qui sont moins dans les relations publiques et plus en faveur d'un journalisme de qualité. De bons sujets. Je pense que l'on va découvrir que les initiatives les plus populaires et qui fonctionnent le mieux sont celles qui ouvrent de nouvelles voies, permettent d'aborder les choses de façon différente et offent un nouvel angle pour comprendre comment vivent les communautés. Il ne s’agit pas de faire du journalisme « moral », plein de bonnes intentions et bien pensant. Il s’agit d’améliorer la qualité du journalisme un peu partout, afin d’avoir un panorama représentatif de toutes les communautés, de nous assurer que nous obtenons des sujets inédits. Ce sont ces initiatives qui traduisent ce type de changements et qui vont impressionner les rédacteurs et les journalistes.

Comment le résultat de l’étude sera-t-il utilisé par le réseau de la FIJ ?

L’étude nous fournira des exemples de bonnes pratiques, que nous pouvons mettre en place, que nous diffuserons au sein de notre réseau en les citant comme des exemples qui ont porté leurs fruits. Ainsi, nous demanderons à nos syndicats, à nos associations de journalistes, de retenir les initiatives identifiées comme vraiment utiles. Ceci aura un effet multiplicateur. Il s’agira de constater les résultats et de mettre en avant ce qui fonctionne. Ce n’est pas un exercice académique ; c’est un exercice commun de construction et de consolidation d’un journalisme de qualité parce que nous voudrons prendre ces résultats, les diffuser dans notre réseau et faire en sorte qu'ils soient reproduits dans d’autres domaines, où cela ne marche pas pour le moment. Plus nous avancerons dans cette démarche et plus nous contribuerons à améliorer la qualité du journalisme.

Dans quelle mesure ces bonnes pratiques dans ce domaine pourraient-elles se résumer à un retour aux sources d’un journalisme de qualité (précision, contexte, impartialité, etc) ?

Ce sera le cas inévitablement, car un journalisme de qualité est toujours relié à sa population. Il faut toujours s’assurer que nous représentons l’ensemble de la population – et pas seulement le courant majoritaire, mais, aussi ceux qui sont marginalisés. En fait, un des problèmes que l’on rencontre dans le journalisme est qu'il existe beaucoup de lacunes, il y a beaucoup de trous dans le processus d’obtention et de diffusions des informations. Ce phénomène soulève de sérieuses questions sur la qualité du journalisme. Avec le résultat de l’étude, nous apprendrons comment développer un journalisme de qualité - même lorsque les temps sont difficiles, lorsque le journalisme rencontre des obstacles, même quand il y a des lacunes. Donc, de notre point de vue, cela représente une très bonne occasion de donner les preuves dont nous avons besoin pour traduire dans les faits, notre campagne sur une possible amélioration des médias, ceci grâce aux preuves que nous aurons rassemblées.

Si cette initiative est si importante pour les médias, comment se fait-il qu’il ait fallu l’élan de la Commission européenne pour y parvenir?

L’un des problèmes que nous avons rencontré tient à la pénurie de ressources. Dans les médias, il est assez difficile de trouver des fonds pour réaliser ce type d’expérience. Vous allez rencontrer le rédacteur adjoint ou le rédacteur en chef lambda et vous lui demandez poliment s'il peut vous donner un peu d’argent pour mener à bien une étude, sur ce qui se passe dans tel pays voisin sur telle situation » -ils risquent de vous dévisager et de vous répondre qu’ils ont des priorités plus importantes pour lesquelles ils ont besoin de ressources. Trouver des fonds a été difficile. Nous traversons une époque difficile pour les médias. La Commission Européenne nous a fourni des moyens de financement et j’en suis ravi. C’est une question d’intérêt général et c’est une bonne chose que l’argent public soit utilisé pour améliorer la qualité du journalisme.

À quoi mesurerez-vous le succès et l'impact de cette étude d'ici trois ans ?

C’est toujours très difficile d’imaginer la situation dans trois ans – et je ne suis pas devin.. Je ne suis pas convaincu que la crise économique qui frappe le monde du journalisme va se résorber. Je pense que les choses peuvent même s’aggraver. Ce dont je suis convaincu c’est que les résultats positifs de cette étude nous prouveront qu’il est possible de maintenir une certaine qualité de reportages pour les médias. J’espère que d’ici deux à trois ans, nous verrons les médias, engagés à maintenir un niveau de qualité, adopter toutes les meilleures pratiques tirées de l’étude. Si nous pouvons observer une amélioration grâce à l’étude– alors ç'aura vraiment été une réussite, car, comme je vous l'ai dit, nous vivons des temps où les médias ont peu d’argent, et où leur audience régresset. Mais, si nous pouvons générer plus d’activités, plus d’investissements dans ce domaine, en ce qui concerne les médias, je pense que ce sera un signe de réussite. Bref, je ne peux pas évaluer cela à l'avance et déclarer « oui, nous allons assister à une augmentation de 30 à 50 % dans la représentation des minorités ». Cependant, si on observe une augmentation - et je pense que, grâce à l’étude, ce sera le cas, cela représentera un succès.